vendredi 10 décembre 2010

Il faut reconduire la neige à la frontière !

Quand il y a un flocon ça va, c'est quand il y en a plusieurs que ça pose un problème...

Naufragé en 2003 sur la nationale 118 à Vélizy (nuit blanche dans une voiture)
A l'époque de nombreuses polémiques : non anticipation, pagaille monstre etc...
Tout ça pour quelques cm de neige.
Les camions s'étaient mis en rideau dans la descente vers le pont de Sèvre dés 17H00, les voitures se sont accumulées et le piège s'est refermé.
Scènes inouies pour un grand pays comme le notre : des voitures abandonnées sur place, des gens en détresse, un abandon total, une absence totale des pouvoirs publics pendant toute la nuit ...
Ayant quitté mon travail vers 18H00, je me suis engagé sur la 118 et me suis retrouvé piégé en haut du plateau devant le centre commercial, au milieu des échangeurs comme des milliers d'autres personnes.


Rebelotte en 2010 ?
Mes conditions de trajet n'ont pas évoluées : travaillant toujours à Massy au sud de l'Ile de France et habitant au nord Ouest, le scénario vécu en 2003 ne me dit rien qui vaille et c'est à 13H30 que je décide de quitter mon travail...
Quelle erreur...

Je ne parviens à la bretelle d'accès à la 118 que vers 17H00 (j'ai fait alors 6 km) et de nombreuses personnes ont du pousser à plusieurs reprises mon véhicule trop lourd pour ce genre de neige. (ahhh ma 4L d'antan)

J'ai commis l'exploit de participer à une audio-conférence depuis mon véhicule, dans les bourrasques de neige, ce qui a contribué à décharger totalement mon téléphone portable.

La 118 est bloquée depuis plusieurs heures, les véhicules sont tous feux éteints et des gens partent à pied.
Il n'y a rien à espérer de ce côté et le retour à Massy est impossible car il y a des côtes verglassées infranchissables pour mon véhicule.

La situation est désespérée et les gens se rapprochent car ils se sentent totalement abandonnés.

Contrairement à 2003, la radio semble parfaitement au fait de ce qu'il se passe, de nombreux témoignages sont passés à l'antenne et c'est à ce moment qu'on entend les commentaire ahurissants du ministre de l'intérieur : il n'y aura pas de pagaille comme en 2003 et personne ne dormira dehors.

L'analyse à ce moment : rien à espérer sur les grands axes, la température est légèrement au dessus de zéro, mais pas suffisamment pour faire fondre la neige tassée par des centaines de véhicules, la météo prévoit un rafraichissement dans la nuit...
Je prend alors l'option déconseillée par les messages qui passent sur les radios : je décide de partir plein ouest sur les axes secondaires afin de m'éloigner des zones à circulation dense.

Mon plan : contourner la région parisienne par l'ouest en passant par la cambrousse : Jouy-en-Jossas, Versailles, puis la banlieue Ouest.
Mon inquiétude : le côtes que je ne peux pas monter, le niveau d'essence à 1/3 du réservoir, insuffisant pour une nuit complète, rien à manger ni à boire, un gros manteau sans doute insuffisant pour dormir dans la voiture, des chaussures de ville (!!) et bien sur plus de téléphone.
Un tout petit atout : un GPS que m'avait donné ma mère quelques semaines avant et dont je ne m'étais jamais servis.

Il me faudra 3 heures de lutte pour atteindre les faubourgs de Versailles, souvent grâce à l'aide de personnes, en en aidant moi même, en traversant des forêts gelées pleines de gens à pied (???), des côtes que je devais négocier une par une, mais qui heureusement étaient partiellement dégelées vers 20H00.
De nombreuses voitures de marque Allemande (ahh les propulsions...) jonchaient les abords.
C'est dingue, le Français : même avec du matos Allemand, il arrive à refaire un exode.

Lorsque j'ai vu l'entrée de Versailles vers 21H00, j'ai su que j'étais sauvé, sauf que la radio martelait que le département des Yvelines était sinistré.
Effectivement, toutes mes tentatives pour sortir de Versailles débouchaient immanquablement sur des bouchons monstrueux.
Je suis alors parti au hasard dans les petites rues gelées de cette ville inconnue, en me fiant au GPS et à mon sens de l'orientation.
J'ai fini par en sortir et je me suis retrouvé sur l'autoroute de l'ouest, direction le tunnel de Saint Cloud, quasiment seul dans cette direction, alors que dans l'autre sens, c'était la Bérézina.
Il était 22H00 et j'étais sauvé.